Dossier
30 juillet 2026
Confort d’été : avant d’investir ou de climatiser, agir sur les causes de la surchauffe
Les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes et plus intenses. Dans certains bâtiments, pour les personnes les plus vulnérables ou lors d’épisodes caniculaires particulièrement sévères, la climatisation peut devenir indispensable pour préserver la santé des occupants. Elle ne constitue toutefois ni une réponse systématique, ni une solution durable. En effet, elle traite les conséquences de la surchauffe sans en réduire les causes, avec des consommations d’énergie qui peuvent être importantes.
À l’inverse, un bâtiment éco-conçu, rénové ou adapté limite les apports de chaleur et réduit ainsi les besoins de refroidissement. La priorité consiste donc à agir sur les mécanismes qui conduisent à la surchauffe, en mobilisant en premier lieu les solutions dites «passives». La climatisation peut ensuite trouver sa place lorsque ces leviers ne suffisent plus à garantir des conditions de confort compatibles avec les usages ou la santé des occupants.
Cette approche, fondée sur la réduction des besoins avant le recours à la climatisation, constitue la stratégie la plus robuste pour adapter durablement les bâtiments aux vagues de chaleur.
Le confort d’été ne dépend pas uniquement de la température
Lorsqu’on parle de chaleur, on pense spontanément à la température de l’air. Pourtant, notre sensation de confort dépend de plusieurs facteurs (source : Cerema).
- La température radiative (des parois qui nous entourent),
- La vitesse de l’air en circulation,
- Le taux d’humidité de l’air,
- Mais aussi des facteurs plus individuels que sont notre tenue vestimentaire et notre activité.
Notre logement est également chargé en humidité, produite dans les pièces humides (salle de bain, sanitaires, cuisine) lors de leur utilisation ainsi que par chacun des habitants qui émet en moyenne et au repos entre 40 à 60 grammes de vapeur d’eau par heure.
Le diagramme de Givoni, largement utilisé en physique du bâtiment, montre ainsi que la vitesse de l’air dans la pièce et le taux d’humidité jouent un rôle crucial dans la sensation de confort même avec des températures hautes.
En effet, il démontre que plus l’air circule rapidement (avec l’installation de brasseurs d’air par exemple), plus le taux d’humidité est bas, plus les occupants pourront être confortables, même avec des températures qui augmentent dans la pièce. Ces facteurs ne changent pas la température de la pièce mais nous permettent de nous adapter davantage à la température qui augmente.
Source : Diagramme de Givoni – Crédit : ©Guillaume Meunier, Institut Français pour la Performance du Bâtiment (Ifpeb)
Levier n°1 : Empêcher la chaleur d’entrer : le levier le plus efficace
La première priorité consiste donc à limiter les apports de chaleur de l’extérieur. Il est possible de mettre en place de nombreuses choses pour réduire fortement les surchauffes :
- Installer des protections solaires (volets, stores, brise-soleil, pergola). Pour les protections solaires des surfaces vitrées précisons que celles-ci doivent être positionnées en priorité à l’extérieur, où elles sont beaucoup plus efficaces.
- Végétaliser les abords du logement avec des végétaux adaptés à chaque besoin afin de favoriser l’évapo-transpiration (absorber l’énergie et réduire la température aux abords de la zone végétalisée) et limiter l’effet albedo (réflexion) ainsi que le stockage de chaleur,
- Isoler sa toiture (avec des matériaux denses et adaptés), avoir une lame d’air ventilée sous couverture et isoler ses murs.
Source : Guide « Garder son logement frais tout l’été » de l’Ademe
Il est important d’aborder la question de l’isolation de manière plus précise quand on parle de confort d’été. On entend parfois qu’une maison isolée « garde la chaleur » en été et se transforme en étuve. En réalité, une isolation ne stocke pas la chaleur : elle limite les transferts thermiques entre l’extérieur et l’intérieur. En hiver, elle diminue les pertes de chaleur. En été, elle ralentit l’entrée de la chaleur extérieure. L’effet « étuve » n’apparaît pas parce que le bâtiment est isolé. Il apparaît lorsque la chaleur accumulée n’est pas ou ne peut pas être évacuée correctement.
Une isolation performante doit donc toujours être pensée avec les autres éléments du bâtiment : une bonne étanchéité à l’air pour maîtriser les échanges avec l’extérieur, une ventilation efficace pour renouveler l’air, des protections solaires pour éviter les apports directs du soleil et des usages adaptés aux vagues de chaleur (aération nocturne notamment).
Levier N°2 : Limiter la production de chaleur à l’intérieur
Une partie de la chaleur provient tout simplement de nos usages et il convient de les limiter au maximum.
Chaque appareil électrique transforme l’énergie qu’il consomme en chaleur. Le four, le sèche-linge, les plaques de cuisson ou encore les anciens éclairages peuvent rapidement augmenter la température d’un logement.
Quelques gestes simples permettent de limiter ces apports :
- Privilégier une cuisson extérieure ou des repas froids pendant les fortes chaleurs,
- Laver à froid voire à la main si cela vous est possible,
- Utiliser les appareils électroménagers aux heures les plus fraîches,
- Éteindre les appareils en veille,
- Choisir des équipements performants et un éclairage LED lors du renouvellement du matériel,
- Adopter les bons réflexes pour le réfrigérateur (ouvrir le moins possible, nettoyer les grilles, dégivrer régulièrement, ne pas baisser sa température).
Ces gestes peuvent sembler modestes individuellement, mais ils contribuent à réduire les surchauffes tout en diminuant les consommations d’énergie.
Levier n°3 : Gérer la chaleur présente dans le logement
Même en limitant les apports, une partie de la chaleur finit par entrer dans le bâtiment. L’objectif devient alors de la gérer le plus efficacement possible.
L’inertie thermique joue ici un rôle essentiel, avec l’installation par exemple de parements à inertie (matériaux lourds tels que le carrelage) qui absorbent la chaleur au cours de la journée et retardent l’augmentation de la température intérieure. Attention, cela n’est possible que si la ventilation nocturne est possible, pour déstocker la chaleur accumulée par le matériau.
Les brasseurs d’air constituent également une solution particulièrement efficace. Ils augmentent la vitesse de l’air autour des occupants, ce qui facilite l’évaporation de la transpiration et procure une sensation de fraîcheur de plusieurs degrés pour une consommation électrique très faible.
Levier n°4 : Évacuer la chaleur dès que possible
Enfin, lorsque les conditions extérieures deviennent favorables, il est nécessaire d’évacuer la chaleur accumulée. La ventilation nocturne reste l’un des moyens les plus efficaces pour rafraîchir un bâtiment.
Ouvrir les fenêtres en créant un courant d’air permet de refroidir les parois et de retrouver des températures plus confortables avant la journée suivante. Pour qu’elle soit efficace il est intéressant de se procurer une station météo, de manière à aérer au bon moment. En effet, si la création de courant d’air peut paraitre confortable, il est important de n’aérer qu’une fois que les températures extérieures sont en dessous de la température intérieure.
Vous pouvez également créer des mouvements d’air (avec des brasseurs ou des ventilateurs) afin de pousser l’air intérieur vers l’extérieur.
En revanche, lorsque les températures nocturnes restent très élevées, cette stratégie devient moins efficace. C’est précisément dans ces situations que tout ce qui aura permis d’empêcher la chaleur d’entrer pendant la journée prendra encore plus d’importance.
Le confort d’été ne repose pas sur une solution unique.
Il résulte d’une combinaison de leviers :
- empêcher la chaleur d’entrer,
- limiter les apports internes,
- gérer la chaleur présente
- et l’évacuer lorsque cela est possible.
La climatisation peut avoir toute sa place lorsque les solutions passives atteignent leurs limites, notamment pour protéger les personnes les plus vulnérables. Cependant, plus un bâtiment est conçu pour limiter les surchauffes, moins il aura besoin de climatiser, et plus cette climatisation sera sobre et efficace.
Une rénovation thermique performante permet de maintenir jusqu’à 10°C d’écart entre l’intérieur et l’extérieur de l’habitation, et de diviser par trois les besoins en refroidissement, observe Damien Barbosa, Coordinateur du collectif Rénovons, dans une tribune dans Le Monde.
Une question ? Un projet ? Contactez votre Espace Conseil France Rénov’
Service public, ouvert du lundi au vendredi de 9h à 12h et de 14h à 17h.